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Une interview avec S.S. le 17e Karmapa Trinley Thaye Dordjé. En novembre 1999, le Gyalwa Karmapa accepte l'invitation de plusieurs centres bouddhistes à Taiwan, à Singapour et en Malaisie; des dizaines de milliers de personnes se déplacent pour le voir. En janvier 2000, il se rend en Europe, notamment en Allemagne, en France et en Autriche. En février 2000, il se retire dans un grand monastère karma kagyu établi en France par son prédécesseur, où se trouvent également des centres de retraite. Il continuera là sa formation spirituelle. Gyalwa Karmapa, vous avez seulement 16 ans (1) et vous avez déjà voyagé en Asie du Sud-Est ainsi quen Occident. Comment vivez-vous cela? La raison principale de ces voyages est de rendre accessible le bouddhisme à tous ceux que cela intéresse et de donner un soutien aux pratiquants bouddhistes. J'essaie d'aider les gens à développer la paix et la compassion afin qu'ils puissent progresser sur le chemin de l'éveil. Durant vos voyages, vous donnez plusieurs initiations à des milliers de personnes. Quel bienfait y a-t-il à faire cela? Les initiations doivent être considérées dans le contexte de bouddhisme Vajrayana. Leur propos principal est de connecter l'étudiant d'une part avec le lama, et d'autre part, avec un certain aspect de l'Éveil. Un support spirituel, ou bénédiction, est transmis à létudiant, lui donnant la capacité de sengager dans certaines pratiques particulières associées à un aspect de léveil. Une initiation est donc comme une clef qui ouvre la porte vers la libération. Cest la porte par laquelle on pénètre sur la voie du Vajrayana. Cependant, létendue du bienfait que retire létudiant de telles initiations dépend de lui et de sa pratique. Linitiation (wang), la transmission de la lecture rituelle (lung) et les instructions (tri) sont le chemin par lequel on pratique le Mantrayana secret ou Vajrayana. Vous-même allez recevoir certaines initiations. Est-ce important pour vous? Généralement les initiations, la transmission de la lecture rituelle et les instructions sont très importantes, et tout comme les précédents Karmapas, je dois recevoir toutes les transmissions. Dans le futur, ce sera ma responsabilité de donner ces transmissions aux autres. Cest la raison principale pour laquelle je reçois ces initiations. Durant votre séjour en Asie du Sud-Est, plusieurs moines et moniales du Mahayana sont venus recevoir des initiations. Quelle est la relation entre le Mahayana et le Vajrayana? Le Vajrayana appartient au Mahayana. Les méthodes diffèrent légèrement, mais le but est exactement le même. Depuis le 12ème siècle, il y a eu de bonnes relations entre les traditions Mahayana (chinoises) et les traditions Vajrayana du Tibet. Ces bonnes relations se poursuivent encore aujourdhui et je fais toujours des prières afin que cela continue. Que désirez vous communiquer aux gens ? Les enseignements du Bouddha, à travers plus particulièrement des enseignements et des instructions transmis dans les écoles Kamtsang et Karma-Kagyu du bouddhisme tibétain. Vous êtes toujours sollicité pour donner une bénédiction et vous avez l'habitude que des milliers de personnes se succèdent pour la recevoir. Quelle est d'après vous la motivation qui pousse ces personnes à venir recevoir votre bénédiction ? Je pense que la raison pour laquelle ces personnes viennent pour une bénédiction réside dans le fait qu'ils sont à la recherche de quelque chose. Je leur donne une bénédiction de manière à satisfaire leurs souhaits. C'est comme cela dans la plupart des cas. Cependant, il arrive que pour certains, il ne s'agisse pas seulement de cela. Dans certains cas, les pratiquants sont capables de recevoir la bénédiction du Dharma. Alors, ils bénéficieront d'un réel support spirituel tout au long de leur chemin. Ils tireront réellement bénéfice de la bénédiction. Comment définiriez vous la bénédiction ? Bénédiction le terme tibétain qui est jinlab signifie soutenir quelqu'un qui ainsi avance véritablement sur le chemin sans aller dans de mauvaises directions; cela aura pour conséquence de donner confiance à la personne et ainsi la capacité de naturellement avancer sur le chemin spirituel. Donc, la bénédiction aide la personne a atteindre un état de stabilité et à parachever les résultats de sa pratique plus facilement et plus rapidement. Que se passe-t-il lorsqu'une personne a reçu la bénédiction ? Cela dépend de la personne. Il est possible pour quelqu'un qui maintient la vision pure, qui est très dévoué, et a peu d'obscurcissements karmiques, d'avoir durant la bénédiction des expériences inhabituelles. Dans des cas tels que celui-ci, il est en fait possible que la personne, au moment où elle reçoit la bénédiction, progresse au travers de certaines étapes et chemins du développement spirituel, et ainsi atteigne différents stades de réalisation. Cependant, cela est assez rare. Dans la plupart des cas, les gens vont plutôt ressentir une sorte de soutien. Quelle est votre principale impression de l'Asie du sud-est ? J'ai été très impressionné par la profonde croyance qu'on les gens dans les enseignements du Bouddha. Nous ne pouvons évidemment pas en faire une généralité. Cependant, j'ai rencontré beaucoup de pratiquants sincères, et beaucoup d'autres intéressés par le Dharma. Je suis très heureux de cela, c'est agréable d'y repenser. Voilà ce qui me revient principalement à l'esprit lorsque je pense à nouveau à ce voyage. Vous avez déjà donné un grand nombre d'interview, autant pour la télévision que pour la radio ou la presse écrite. Comment vivez vous cela ? Les interviews que j'ai données étaient à propos du bouddhisme. Depuis que je suis le chef spirituel d'une des traditions majeures du bouddhisme tibétain, j'ai été interrogé sur mes points de vue et mes activités. Mon activité est d'enseigner le Dharma et, pour être en accord avec cela, d'aider les gens. Les premières fois, je ne me sentais pas vraiment à laise face aux caméras, mais je m'y suis peu à peu habitué. À certains endroits, vous étiez traité avec des honneurs très spéciaux, presque comme un dieu, et non comme une personne normale. Comment l'avez-vous ressenti? Il est totalement erroné de voir le lama comme une personne surhumaine. Un lama est une personne qui montre le chemin vers l'éveil et c'est tout. Il est simplement un enseignant. C'est identique avec les Trois Joyaux: vous pouvez vous en remettre au Bouddha et à la Sangha parce qu'ils sont allés au-delà de ce samsara; ils savent ce que c'est et comment dépasser toute cette souffrance. Le Dharma est le chemin vers ce but. Ce genre de traitement spécial que vous avez mentionné, je ne l'attend vraiment pas et je ne le veux pas; ce n'est pas important pour moi. La seule chose que je souhaite, c'est que les gens trouvent le bonheur véritable. Et là, je ne parle pas seulement du bonheur dans ce monde samsarique. Ce dont je parle, c'est du réel bonheur qui est atteint dans l'état de libération. Moi-même, je poursuis une pratique spirituelle afin d'être capable de guider les autres sur ce chemin. C'est pour cette raison que je reçois l'enseignement de tous ces grands lamas, ces enseignants et ces professeurs. Comment le Karmapa est-il reconnu? Les deux principaux détenteurs de la lignée karma kagyu sont les Karmapas à la coiffe noire et les Karmapas à la coiffe rouge. Le premier fait référence à ma propre lignée de réincarnation. Le dernier fait référence aux Kunzig Shamarpas. Dans de nombreux cas, les Karmapas ont reconnu respectivement le Shamarpa suivant et les Shamarpas, à leur tour, le Karmapa suivant. C'est aussi ce qui s'est passé en ce qui concerne ma reconnaissance: c'est le 14ème Kunzig Shamar Rinpoché qui a confirmé que je suis l'incarnation du 16ème Karmapa. Le Dalaï-Lama ne vous a pas reconnu en tant que Karmapa. Une telle reconnaissance est-elle importante pour vous? Le Dalaï-Lama est certainement un grand homme. L'école karma kagyu, cependant, est une lignée indépendante et selon notre tradition, les Karmapas doivent être confirmés au sein de cette lignée karma kagyu et non par le Dalaï-Lama. Cela n'est pas nécessaire. Quelle est votre position concernant Urgyen Trinley? J'espère qu'il pourra aider les gens en enseignant le bouddhisme. Cela signifie-t-il que vous ne voyez pas d'inconvénients à ce qu'il y ait un autre Karmapa à côté de vous? À l'intérieur de la lignée, bien sûr, il ne peut y avoir qu'un Karmapa. J'espère personnellement que ce sujet sera bientôt résolu. Comment cela va-t-il se passer de façon pratique maintenant qu'il y a deux factions dans l'école karma kagyu? Qu'il y ait un ou deux groupes, cela n'est pas vraiment important. Ce qui est important, c'est que les gens puissent retirer un bienfait et pour cela il est essentiel que les enseignements transmis dans la tradition kagyu demeurent intacts. En fait, il n'y a pas de division. Beaucoup de gens en parlent, oui, toutefois, ce qui importe, c'est le Dharma en tant que tel, et le Dharma n'est pas divisé. Les gens qui ne comprennent pas le Dharma pensent qu'il y a une division; ils parlent d'institutions. Pour un pratiquant authentique du Dharma, cependant, il n'y a pas de division. Pour ce type de personne, il y a seulement le Dharma. Cette interview a été faite et traduite du tibétain par Mag. Tina Draszczyk (traductrice à l'Institut Bouddhiste International du Karmapa à New Delhi, Inde). La traduction en français a été réalisée par le bureau de presse européen du Gyalwa Karmapa à Dhagpo Kagyu Ling, Dordogne, France. (1) Gyalwa Karmapa était âgé de 16 ans au moment de linterview. Il a depuis début mai 2000 17 ans. |
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