Annexe 2 :
LES ETAPES DE LA RECONNAISSANCE DE KARMAPA URGYEN TRINLEY DORDJE

Depuis la mort du 16ème Karmapa, en 1981, ses principaux disciples, Shamar Rinpoché, Situ Rinpoché, Djamgoeun Kongtrul Rinpoché et Gyaltsap Rinpoché ont la charge de retrouver le 17e Karmapa. En mars 1992, Situ Rinpoché réunit les trois autres disciples pour les informer d'une découverte : il déclare depuis près de deux ans être en possession d'une lettre de prédiction du 16e Karmapa indiquant où sa réincarnation pourrait être retrouvée.
Immédiatement, après lecture de la lettre, Shamar et Djamgoeun Kongtrul Rinpochés mettent en cause son authenticité. Ils ne reconnaissent ni l'écriture de leur maître, ni son style. De plus, fait troublant supplémentaire, seule la signature de ce document est endommagée.

Pour justifier cela, Situpa explique que cette lettre se trouvait enroulée dans un tissu qu'il portait comme une protection autour de son cou depuis que le 16e Karmapa lui aurait donnée en 1981. Durant toutes ces années, la transpiration pourrait expliquer cette tâche sur la signature.

Shamar Rinpoché demande à ce que cette lettre soit expertisée, et Situpa refuse, invoquant des problèmes de délais et de temps. Tous décident alors trois choses : d'abord, Djamgoeun Kongtrul Rinpoché ira au Tibet vérifier les indications données dans la lettre ; ensuite, tous les quatre se rencontreront à nouveau à la fin du mois de juillet pour discuter du résultat des recherches (et prendre une décision qui soit rendue publique au mois d'octobre) ; enfin leur désaccord sur l'authenticité de la lettre devra rester secret.

Djamgoeun Kongtrul meurt le 26 avril dans un accident de voiture en se rendant au Tibet. Des cérémonies funéraires traditionnelles de 49 jours se déroulent à Rumtek, le monastère des Karmapas en Inde. Tout de suite après ce décès, Situ et Gyaltsap Rinpoché envoient leurs émissaires Akong Tulkou et Shérab Tarshin entreprendre des recherches, sans consulter Shamar Rinpoché.

Au mois de mai, Shamarpa va donner une série de conférences prévue de longue date au Etats-Unis. Situ et Gyaltsap Rinpochés ne sont pas venus le mettre au courant des recherches lancées, alors qu'ils avaient l'opportunité de le faire. Début juin, Shamar Rinpoché apprend qu'un jeune garçon a été trouvé au Tibet et qu'il est emmené à Tsourphou, le monastère des Karmapas au Tibet. Il décide alors de rentrer immédiatement en Inde. De retour au monastère de Rumtek, il ne trouve pas Situ et Gyaltsap Rinpochés. Ceux-ci sont depuis le 6 juin à Dharamsala. Ils expliquent par téléphone et confirment par fax leur version des faits au Dalaï Lama (qui est à Rio, Brésil), et lui demandent son approbation sur la reconnaissance du jeune garçon comme la réincarnation du 17ème Karmapa.
Ils soutiennent que l'ensemble des disciples du précédent Karmapa est d'accord, ignorant les doutes de Shamarpa, et rompant l'accord conclu au mois de mars stipulant qu'une réunion aurait lieu fin juillet pour analyser le résultat des recherches. Le Dalaï Lama, à qui l'on demande une telle approbation pour la première fois dans l'histoire de la lignée (vieille de 1000 ans), ne voit aucune raison de s'opposer aux disciples du précédent Karmapa. Il donne donc son approbation informelle.

*Extrait du discours de Situ Rinpoché à Rumtek le 12 juin 1992. Traduction du Bureau de Presse du Karmapa Thayé Dordjé à Dhagpo Kagyu Ling, dans " The Karmapa Papers ", ouvrage de témoignages collectif, Ed. Michel Nesterenko, Paris, 1992, p.123.

Le 8 juin, Shamar Rinpoché estime que l'accord du mois de mars est rompu, et décide d'exprimer publiquement ses doutes aux moines de Rumtek sur l'authenticité de la lettre de prédiction. Le 12 juin, Situ Rinpoché s'adresse aussi aux moines de Rumtek pour leur raconter sa version des faits, omettant de dire que Shamar et Djamgoeun Kongtrul Rinpochés mettent en doute l'authenticité de la lettre. Lors de ce discours, Situpa dit " En bref, l'incarnation du précédent Karmapa est établie sur la base de la lettre de prédiction et sur la décision du Dalaï Lama. Aussi, à présent, tout est décidé* ." L'accord informel du Dalaï Lama est présenté comme ferme et définitif, et comme étant aussi important dans la décision finale que la lettre de prédiction. Donner une telle importance à l'avis du Dalaï Lama pour la reconnaissance du Gyalwa Karmapa est sans précédent dans la lignée kagyu. Le 15 juin, Urgyen Trinley arrive à Tsurphou, au Tibet dans un convoi de 7 voitures. Il est accueilli par des officiels chinois.

Pendant ces journées, la situation est extrêmement tendue parmi les disciples kagyus dans le monde, et particulièrement au Tibet, au Népal et en Inde.

**La lettre originale est en tibétain. La traduction en anglais agréée par Shamarpa se trouve dans " The Karmapa Papers ", ouvrage de témoignages collectif, Ed. Michel Nesterenko, Paris, 1992, p.40, DOC E29.

Dans ce contexte de situation explosive, le 17 juin, sur l'insistance d'un de ses maîtres venu pour la circonstance du Népal et afin d'éviter un clash, Shamar Rinpoché signe une lettre diplomatique où il dit " faire confiance à Situ Rinpoché (pour me donner une information exacte concernant la décision de S.S. le Dalaï Lama). Me fiant à notre discussion confidentielle, je me rallie à la décision de S.S. le Dalaï Lama de reconnaître qu'une réincarnation a assurément été trouvée, une incarnation de S.S. le Gyalwa Karmapa. Par suite, je suspends toute demande d'examen graphologique de la lettre de prédiction manuscrite**. " En fait, Situ et Gyaltsap Rinpoché avaient déformé la réalité en disant au Dalaï Lama que tous les disciples étaient d'accord sur cette reconnaissance.

En signant cette lettre, Shamar Rinpoché fait un geste d'apaisement absolument nécessaire pour calmer les tensions et souhaite ne pas nuire à Situ Rinpoché. La situation était en effet bloquée car Urgyen Trinlé était à Tsurphou, reconnu par Situ et Gyaltsap Rinpochés, accepté par le Dalaï Lama et tacitement par la Chine. Un immense espoir est créé chez des centaines de milliers de tibétains, qui attendent le Karmapa depuis 11 ans !
Vouloir aller à l'encontre de cette situation aurait certainement eu des conséquences dramatiques au Tibet, en Inde et au Népal. Shamar Rinpoché choisit donc la sagesse, tout en ne s'interdisant pas de continuer les recherches pour trouver l'authentique incarnation du Karmapa.

Le 29 juin, le Bureau des Affaires Religieuses du Gouvernement communiste chinois valide la reconnaissance de l'enfant.

Le 3 juillet, une lettre de reconnaissance officielle du Dalaï Lama est publiée ; elle est signée du ministre Tashi Wangdi.

***Pour plus de renseignements sur l'ensemble de ces événements, vous pouvez consulter " The Karmapa Papers ", ouvrage de témoignages collectif, Ed. Michel Nesterenko, Paris, 1992.

Voici donc très brièvement dans quelles circonstances la reconnaissance d'Urgyen Trinley s'est déroulée . ***

SOMMAIRE :
p.1 Des explications nécessaires
p.4 Pour conclure
p.6 Annexe 1 : Le tract
p.7 Annexe 2 : La reconnaissance de Karmapa Urgyen Trinley Dordjé
p.9 Annexe 3 : La reconnaissance de Karmapa Trinley Thayé Dordjé

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