Des explications nécessaires

Ce tract est signé par " la Commission Communication de la Troisième Conférence Internationale Kagyu " sans plus de précision.

Le sceau du Karmapa y est apposé, et il nous présente des " informations pour les pratiquants " et des " extraits du communiqué de presse de la Troisième Conférence Internationale Kagyu " (tenue à Dharamsala en août 2000).

Nous vous informons qu'aucun des centres Kagyu du monde entier reliés au 17e Karmapa Trinley Thayé Dordjé n'a été invité à cette conférence. Par conséquent, leurs représentants n'étaient pas présents. Le principal disciple des Karmapas, Shamar Rinpoché, n'y a pas non plus été convié.

De toute évidence, le but des auteurs est de nuire à l'activité de Dhagpo Kagyu Ling et des centres du Karmapa Thayé Dordjé. Pour atteindre leur but, ces auteurs utilisent le mensonge, l'approximation, et tentent de culpabiliser les milliers de personnes qui reçoivent des enseignements dans ces centres. D'autre part, les auteurs se donnent une légitimité et une caution en utilisant l'image positive du Dalaï Lama.

*Les faits reportés ici sont issus principalement de deux ouvrages suivants : 1- " The Karmapa Papers ", ouvrage de témoignages collectif, Ed. Michel Nesterenko, Paris, 1992, et 2- " International Karma Kagyu Conférence ", ouvrage de témoignages collectif, Logos Books International, Sulzberg, Allemagne, 1996.

Le point central de ce tract concerne la reconnaissance du Karmapa, chef spirituel de l'école Kamtsang Kagyu. Un problème existe effectivement, mais nous avons toujours souhaité qu'il soit réglé par les disciples du Karmapa eux-mêmes. Des mensonges ont été diffusés à des milliers de personnes pendant les enseignements du Dalaï Lama, et nous devons fournir aujourd'hui des explications précises et datées sur la manière dont chaque Karmapa a été reconnu. Un tel travail précis vous est proposé en annexe* . Un résumé est présenté ci-dessous.

LA RECONNAISSANCE D'URGYEN TRINLEY

Situ Rinpoché montre en mars 1992 à Shamar Rinpoché, Djamgoen Kongtrul Rinpoché et Gyaltsap Rinpoché, une prétendue lettre de prédiction signée du 16e Karmapa qui donne des indications sur sa future réincarnation. Immédiatement, Shamar et Djamgoeun Kongtrul Rinpochés doutent de l'authenticité de cette lettre et en informent Situ Rinpoché. Ils demandent une expertise graphologique que Situpa refuse. Des recherches sont néanmoins lancées. Les Rinpochés décident de se revoir en octobre pour une décision finale. Sans en avertir Shamar Rinpoché, Situ et Gyaltsap Rinpochés accélèrent les recherches par l'intermédiaire de leurs émissaires, et demandent au Dalaï Lama son aval sur la découverte d'Urgyen Trinley, prétextant que l'ensemble des kagyus sont d'accord. Sur la base de telles informations, le Dalaï Lama ne peut qu'accepter. Le 15 juin 1992, Urgyen Trinley arrive au monastère des Karmapas au Tibet, accueilli par des officiels chinois. Shamar Rinpoché, mis devant le fait accompli, ne peut plus s'opposer à cette situation sans prendre le risque d'une explosion de violence.

LA RECONNAISSANCE DE THAYE DORDJE

En 1986, Chobgyé Trichen Rinpoché, un des plus éminents détenteurs de la lignée Sakya, étroitement lié aux Karmapas, rend visite à Shamar Rinpoché. Il l'informe qu'il a fait des rêves favorables concernant Karmapa ; il lui apporte également la photo d'un jeune enfant de Lhassa qui est connu pour avoir dit à plusieurs reprises être le Karmapa. Il est important de souligner que le Karmapa a la particularité d'être conscient dès son plus jeune âge d'être une telle incarnation ; par conséquent il se reconnaît lui-même. Il en est ainsi pour tous les Karmapas.

Shamar Rinpoché vérifie les informations fournies par Chobgyé Rinpoché en envoyant plusieurs émissaires à Lhassa les années suivantes. Il entreprend également une retraite pour obtenir des indications à travers la méditation. Chaque émissaire, ainsi que le résultat de sa retraite, lui fournissent des indices favorables. Mais les réunions avec les trois autres Rinpochés au sujet de la réincarnation du Karmapa prennent une tournure assez politique, et il décide de tenir pour l'instant ses découvertes secrètes. C'est en 1993 que Shamar Rinpoché, certain que Thayé Dordjé est l'authentique Karmapa, lui conseille de venir en Inde. L'enfant peut alors quitter le Tibet avec sa famille sans jamais être inquiété. Il est intronisé en 1994 dans son monastère de Delhi.

Revenons maintenant au tract, qui indique que le 17e Karmapa Urgyen Trinley est " reconnu selon des normes traditionnelles par les autres régents et l'ensemble de la lignée ". Une lettre de prédiction peut effectivement constituer une des manières indiquant où rechercher la réincarnation du Karmapa. Mais traditionnellement, les principaux disciples s'accordent sur l'authenticité de cette lettre, ce qui n'est pas le cas cette fois pour deux disciples majeurs (Shamar et Djamgoeun Kongtrul Rinpochés).

Par conséquent, nous pouvons nous demander pour quelles raisons Situ et Gyaltsap Rinpochés ont quelque peu précipité les recherches sans en informer Shamar Rinpoché (Djamgoeun Kongtrul Rinpoché était mort entre temps). Nous pouvons également nous demander pourquoi ils ont voulu que la découverte de cette réincarnation obtienne rapidement l'approbation du Dalaï Lama, ce qui est une première dans l'histoire de la lignée kagyu.

Le tract stipule d'autre part que l'ensemble de la lignée accepte Urgyen Trinley comme Karmapa. Ceci est une contrevérité. En effet, le Karmapa Trinley Thayé Dordjé, reconnu par Shamar Rinpoché, est soutenu par des centaines de milliers de disciples dans le monde et des centaines de centres. Cette réalité est connue de tous les pratiquants kagyus. Comment le tract peut-il laisser croire que Thayé Dordjé est soutenu seulement par un " petit clan composé pour l'essentiel de la famille de Shamar Rinpoché ", et que " les activités de ce petit groupe sont essentiellement concentrées en Europe et particulièrement en France ".

En Asie (Malaisie, Singapour, Taïwan), près de 30.000 disciples sont venus recevoir la bénédiction de Thayé Dordjé en octobre et novembre 1999 ; c'est également 30.000 personnes qui sont venues à sa rencontre dans plusieurs pays européens (France, Allemagne, Autriche, Hongrie, Danemark, Pologne, Espagne, Suisse) au cours de l'année 2000.

Le tract diffuse encore un autre mensonge. Parlant d'Urgyen Trinley, il indique que " cette reconnaissance fut pleinement acceptée par tous les Tibétains, chefs d'école et maîtres de toutes les lignées ". A l'exception du Dalaï Lama et d'une partie de sa lignée (guélougpa), les chefs des autres écoles du bouddhisme tibétain adoptent une position de neutralité dans cette controverse. Cette position a aussi été adoptée par les maîtres de lignée, à l'exception de quelques-uns qui reconnaissent officiellement l'un ou l'autre des Karmapas.

Quant au peuple tibétain, il est également divisé. Un simple exemple pour le constater : en 1996 à Bodhgaya a eu lieu un rassemblement traditionnel, les cérémonies des "Kagyu Meunlam " autour de Thayé Dordjé et Shamar Rinpoché. Plusieurs maîtres kagyus et d'autres lignées étaient présents, ainsi que des milliers de Tibétains ayant fait spécialement le déplacement. D'autre part, il est bien évident qu'Urgyen Trinley a lui aussi de très nombreux disciples, notamment au sein de la population tibétaine.

Pour justifier la reconnaissance d'Urgyen Trinley, les auteurs du tract s'abstiennent de citer Situ Rinpoché, pourtant le principal acteur dans cette affaire, ainsi que le gouvernement chinois. Ils préfèrent travestir la tradition kagyu en signifiant que le Dalaï Lama est " en la matière l'autorité ultime ", ce qui est faux.

En ce qui concerne le Dalaï Lama, son rôle doit être clairement rappelé : il est le chef temporel des Tibétains ; il est également une autorité spirituelle reconnue et respectée en tant que telle par toutes les lignées, mais historiquement, il n'a jamais été l'autorité spirituelle ultime chez les kagyus.

Le Dalaï Lama n'est par ailleurs en aucun cas l'équivalent du Pape pour les catholiques. Les occidentaux lui accordent un immense crédit de sagesse, et les bouddhistes du monde entier recueillent les fruits de sa notoriété. Mais il est important de noter que chaque école du bouddhisme tibétain est entièrement indépendante au niveau spirituel par rapport au pouvoir du Dalaï Lama.

Antérieurement, il n'a eu aucun rôle à jouer au sein de l'école kagyu pour la reconnaissance du Gyalwa Karmapa, son chef spirituel, et par conséquent il n'aurait pas dû en avoir de nos jours. Shamar Rinpoché ne lui a du reste jamais demandé son accord pour la reconnaissance de Thayé Dordjé. Cependant, en 1997, Shamarpa requiert du Dalaï Lama qu'il donne l'ordination monastique à Thayé Dordjé afin de créer une connexion auspicieuse entre les deux maîtres. Situ et Gyaltsap Rinpochés se sont opposés à un tel acte, qui n'a finalement pas pu avoir lieu.

Au mois d'avril 2000, dans son monastère de Kundreul Ling en Auvergne, Thayé Dordjé reçoit l'ordination monastique en tant que 17e Gyalwa Karmapa par Chobgyé Trichen Rinpoché, un des maîtres du Dalaï Lama, respecté par toutes les lignées tibétaines pour sa très haute réalisation spirituelle.

Les auteurs du tract jettent encore le discrédit sur Thayé Dordjé en accusant Shamar Rinpoché de diviser la lignée. Ceci est sans fondement. Nous indiquons en annexe comment Shamar Rinpoché a tenté d'apaiser le conflit en juin 1992 en signant une lettre de confiance à Situ Rinpoché. Mais, par la suite, étant convaincu que Trinley Thayé Dordjé était bien l'authentique Karmapa, il ne pouvait faire autrement que de le révéler à l'ensemble des disciples kagyus. Il a pour cela attendu que Thayé Dordjé soit en sécurité en Inde. Si certains veulent accuser Shamar Rinpoché de créer une division parce qu'il est allé au bout de ses convictions, c'est leur droit. Cependant, dans le contexte historique, nous estimons que son attitude est un signe de courage et d'honnêteté vis-à-vis de la lignée kagyu.

La Chine cherche depuis longtemps à affaiblir le pouvoir du Dalaï Lama sur les Tibétains qui n'ont pas pris le chemin de l'exil. Un Karmapa qui réside au Tibet est un contre-pouvoir idéal, et une arme majeure dans le processus de pacification souhaité par le gouvernement communiste. Ce dernier est par conséquent entièrement satisfait de la présence d'Urgyen Trinley, et s'empresse de le reconnaître officiellement. Ceci est sans précédent dans la Chine communiste. Lorsque Shamar Rinpoché intronise Thayé Dordjé comme 17e Karmapa, il va à contre-courant de la politique chinoise en affaiblissant automatiquement le pouvoir dont peut jouir Urgyen Trinley. Une telle évidence ne semble pas être comprise par les auteurs de ce tract lorsqu'ils soutiennent que Shamarpa " fait le jeu de la Chine communiste " .

Une dernière tromperie importante véhiculée par ce tract concerne la congrégation monastique Karmé Dharma Chakra. Elle a été créée en 1988 pour permettre aux lamas occidentaux formés par Guendune Rinpoché de développer leur activité dans un cadre légal correspondant à leurs aspirations. Elle n'a jamais été créée par le 16e Gyalwa Karmapa, qui a quitté son corps sept années plus tôt. L'administration française souhaitait qu'une autorité spirituelle représentative soit à la tête de cette congrégation. Une requête dans ce sens a été faite à Shamar Rinpoché, qui a accepté. La proposition a été transmise aux autorités françaises, qui, après en avoir débattu à l'Assemblée Nationale et au Conseil d'Etat, a accepté la création de cette congrégation.

C'était une première en France pour les bouddhistes, et l'ensemble des centres français connaissent cette histoire qui est un " cas d'école ". Le 16e Karmapa, de son vivant, a simplement choisi le lieu pour établir le dharma en Europe (Dhagpo Kagyu Ling), et a donné des indications sur le développement du centre à Guendune Rinpoché et Jigmé Rinpoché.

Pour conclure…

SOMMAIRE :
p.1 Des explications nécessaires
p.4 Pour conclure
p.6 Annexe 1 : Le tract
p.7 Annexe 2 : La reconnaissance de Karmapa Urgyen Trinley Dordjé
p.9 Annexe 3 : La reconnaissance de Karmapa Trinley Thayé Dordjé

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